Les différentes sortes de choristes

La chorale est une petite collectivité qui rassemble toutes sortes de personnes. En voici quelques exemples :

Le sans-gêne : il a l'air de souffrir quand c'estun autre qui chante. C'est pour ça que, comme Gilbert Bécaud, il se bouche toujours une oreille. Bruyant, il parle haut, interpelle le chef .... Chaque chorale a son sans-gêne, et elle doit faire avec ....

L'arythmique : une race très répandue, surtout parmi ceux qui sont convaincus de posséder un sens inné du swing. Car en réalité, peu de gens possèdent un bon sens du rythme. Qu'arrive une syncope, que survienne un contretemps, et aïe ! c'est la catastrophe. Bien sûr, notre arythmique veut bien faire et pour commencer, il s'escrime à ne pas prendre de retard. Pour cela, il anticipe sur la battue du chef. C'est alors qu'immanquablement il presse, il bouscule... Surtout si le passage est facile. car c'est dans les endroits faciles que, sûr de lui et content de faire voir qu'il connait sa partie, l'arythmique donne toute sa dimension. Il obtient ainsi aisément une mesure d'avance sur les autres...Dans le cas inverse (qui rétablit l'équilibre), conscient de son handicap, l'arythmique s'efforce de ne pas presser. Il se retient, il prend son temps. Et il le prend si bien qu'une fois de plus, il se retrouve décalé. Ce qui a cependant l'énorme avantage de le faire terminer au même moment que les autres.C'est entre le début et la fin qu'il nage ... Ainsi, qu'il soit en avance ou en retard, l'arythmique n'est jamais au bon endroit. Dans le meilleur des cas, le pas cadencé remplace la pulsation.

Le touriste : On le voit de temps à autre débarquer dans la salle de répétition. On ne sait pas trop s'il fait vraiment partie de l'équipe ou s'il accompagne quelqu'un au vestiaire. Généralement, il se contente d'écouter les autres et de suivre sa partition, puisque, ayant raté la plupart des répétitions, il ignore quasiment tout du répertoire. Celui là aime bien, cependant, donner son sentiment (à défaut d'un avis pertinent) sur le travail accompli et sur l'avancement de ses collègues. Mais en tous cas soyez sûrs d'une chose : cet authentique figurant sera présent le jour du concert (pour faire du play back) et c'est lui qui s'inclinera le plus bas pour saluer.

Le donneur de conseil : A force de l'écouter, on finit par faire les mêmes erreurs que lui. C'est lui qui, généralement, offre généreusement son temps en faisant perdre le leur aux autres.

Le bavard : il a mis au point toute une technique lui permettant de chanter et de parler en même temps. Il épuise ses voisins, sauf s'il trouve, dans son pupitre, un jumeau à sa mesure. Auquel cas, les deux se chargeront du bruit de fond. Qu'il s'agisse de questions purement musicales ou de tout autre sujet, le moulin à paroles ne la ferme jamais.

Celui qui sait tout : Susceptible, il se vexe si on le surprend en flagrant délit d'erreur (avec par exemple une ligne d'avance) et dans tous les cas, il rejette la faute sur les autres. Car l'orgueuilleux n'a jamais tort. En tout domaine, il est infaillible. Sûr de lui, il n'écrit jamais rien sur sa partition. Il mémorise. C'est un perpétuel auto-satisfait. En toute circonstance, il a la réponse imparable. A tel point qu'il agace et qu'on ne lui demande jamais rien.

Le distrait: il est rarement à la bonne page. D'ailleurs, son classeur est un fouillis indescriptible : les chants sont rangés dans n'importe quel ordre, on y trouve aussi bien la liste des commissions. Incapable de soutenir son attention, il rêve, il oublie les départs et doit rattraper les autres en cours de route. Il a aussi beaucoup de mal à gérer ses rendez-vous et arrive souvent en retard à la répétition. De même au concert. Quand il chante, il a tendance à déformer. C'est son goût pour l'ornement et pour la variation. Durant les déplacements, il perd toujours quelque chose, il oublie son classeur dans le car ou ses lunettes dans sa chambre d'hôtel. Il n'est pas méchant, mais c'est une source d'angoisse pour le chef.

Le braillard : Il chante plus fort que tout le monde dès lors qu'il croit savoir sa partie. Au sein de la meute, cet inconditionnel du bel canto, dépourvu du moindre sens musical, n'a qu'un seul credo : fortissimo. C'est un redoutable concurrent pour le marteau piqueur. Le braillard est moins grave qu'une épidémie, mais fait beaucoup plus de bruit.

Le sensible : Un moindre pianissimo l'émeut, il aime la musique et souvent elle le bouleverse; Il a souvent la larme à l'oeil. Il a beaucoup de goût pour l'art et il aime aussi les gens. C'est un compagnon agréable et souvent un ami, mais aussi un écorché vif. Au premier problème relationnel, il en perd le sommeil, il fond de cinq kilos, le monde s'écroule autour de lui. Mais il souffre en silence. Il est discret et la musique finit par le consoler de tous ses maux.

Le râleur : Dire qu'il est constamment de mauvaise humeur relève du pléonasme. Il n'est jamais content. Il n'aime pas la promiscuité, il n'aime pas le programme, surtout si c'est en étranger, il trouve que l'on apprend trop vite ou trop lentement, il trouve le calendrier trop chargé ou trop maigre, sa pizza est trop crue ou trop cutie, il déteste les voyages car il est malade, il n'aime pas sa voix non plus, et de toute façon, la tenue de concert est ridicule et il ne supporte pas la façon de travailler du chef. Celui là qui n'aime rien trouve toujours à redire et se demande ce qu'il fait là. Les autres se posent la même question .....